LE TEMPS S’ACCELERE

En réalité une heure dure une heure, le temps ne s’est pas accéléré, c’est nous qui sommes assujettis à un rythme de vie de plus en plus rapide, fragmenté, contraint, aliénant, dont nous attribuons la cause au temps qui s’accélère. « Nous croyons reconnaître une accélération du temps là où il n’y a qu’un éclatement de la réalité, une croissance de la production, une exubérance du devenir, une parousie des télécommunications : de plus en plus de marchandises, de moins en moins de temps de travail, apparition et disparition des choses à grande cadence, suppression apparente des distances… » affirme Etienne Klein dans son excellent texte, Les Tactiques de Chronos.

En fait nous avons une perception psychologique et affective du temps, c’est le temps de la conscience. Il est distinct du temps physique (celui des horloges) par le rythme : le temps physique est uniforme, une sorte de flux homogène, tandis que le temps de la conscience varie (accélération, stagnation, arrêt). La texture est un autre facteur de variation de notre temps psychologique, caractérisée par notre état d’esprit, notre âge, l’intensité et le sens des événements venant nourrir notre expérience du temps.

En se focalisant sur les phénomènes du temps, on oublie de s’interroger sur sa véritable nature. En effet nous avons coutume de parler du temps comme s’il était une bobine de fil se déroulant, ou comme s’il pouvait s’arrêter, voire se dissoudre. « En disant que le temps passe, on confond l’objet et sa fonction ».

Or le temps ne passe pas, il ne cesse d’être, il est consubstantiel au monde, aucune dynamique interne ne l’affecte et l’image d’un temps qui s’écoule dans l’espace-temps du bas vers le haut, n’a aucune validité scientifique. Le temps se révèle par l’irréversibilité des phénomènes physiques. Il produit les manifestations matérielles de la durée, de la simultanéité, de la succession, qui elles, sont sujettes au changement et à l’impermanence. Paradoxalement l’impermanence est une loi intemporelle.

Si l’on s’extrait d’une perception psychologique du temps pour aborder une approche scientifique, on réalise que « les mots n’ont pas d’accès direct au temps : ils ne font que graviter autour de lui en le voilant. » Donc difficile de définir le temps ; aussi pour contourner ces limites, les physiciens tentent de définir sa forme, appréhendée essentiellement par le principe de causalité : celui-ci autorise la répétition des phénomènes en vertu de la loi de cause à effet (les phénomènes se déroulent de manière ordonnée, les saisons par exemple), tout en interdisant celle du temps (un instant est irréversible, il ne peut être vécu deux fois), ainsi il est impossible de rétroagir sur une cause qui a déjà produit ses effets. Cela supprime le fantasme universel du voyage dans le temps.

Par conséquent notre marge de manœuvre, de mouvement, de liberté, s’inscrit uniquement dans l’espace car les bornes du temps sont impossibles à mouvoir, elles ne se manipulent pas. Bien à propos, Etienne Klein cite Pascal en déclarant que « nous sommes embarqués ».

L’instant présent est également une vue de l’esprit car il est impossible d’identifier un instant présent commun et partagé par tous les êtres vivants, selon l’endroit où l’on se situe sur la planète. Aucun instant présent ne contient l’ensemble des phénomènes se produisant au même moment dans tout l’univers. Dans l’absolu, l’instant présent n’a pas de sens.

Plus anxiogène est la notion d’avenir, elle est certaine dans son existence, incertaine dans sa forme. Elle génère une attente puisqu’une durée la sépare de nous, de même qu’une anticipation fondée sur la mémoire des expériences passées. En réalité l’avenir n’a d’existence que pour notre esprit, seule notre attente lui donne forme.

Quant à une origine du temps, aucune réponse n’est possible. Là aussi le langage est impuissant à raconter une histoire de la naissance du temps puisque l’univers c’est entre autres choses – le temps – et que nul ne voit comment l’on pourrait parler d’une création du temps hors du temps. « Tout commencement, loin d’être un fondement, demande toujours à être lui-même fondé, en une sorte de régression du conditionné à sa condition. […] Il n’existe pas, par définition, de période avant le temps, de sorte que la question de savoir ce qui a pu s’y passer est vide de sens. »

L’astrologie ne permet pas non plus de trancher sur la définition du temps, ni même sur son origine. Elle est seulement en mesure d’interroger ses phénomènes, celui des cycles, de la durée, de la perception psychologique de ses manifestations. Ainsi le zodiaque est « une projection bidimensionnelle du symbole originel de l’astrologie, le ciel lui-même. Comme le ciel, le cercle est une métaphore pour l’infini et l’éternel… » affirme Steven Forrest, Astrologie : le ciel intérieur. A l’intérieur du temps, s’inscrivent l’alternance lumière-obscurité ainsi que les variations saisonnières. Les saisons étant rattachées à quatre états premiers de l’être, appelés les éléments : le feu (équinoxe vernal) ; la terre (solstice d’hiver) ; l’air (équinoxe d’automne) ; et l’eau (solstice d’été). Les éléments représentent quatre aspects du symbole universel de globalité qu’évoque ce cercle appelé zodiaque. Les douze signes matérialisent le mécanisme cyclique mettant en relation 3 plans, les signes, les éléments, les maisons. Steven Forrest interprète ce mode de fonctionnement comme « des voies de retour à la source », au symbole originel indéfinissable.

Sur un plan plus psychologique, la succession des signes offrent « des méthodes d’évolutions, des manières de grandir », « les signes sont des processus psychologiques qui nous sont communs à tous », chacun de nous incarne les douze signes, le cercle est le même pour tous, chaque signe est vivant en chacun de nous.

Si l’on souhaite chercher une analogie plus précise chez un signe ou une planète, le Capricorne et Saturne – dont l’autre nom est Chronos -, semblent le mieux symboliser le temps. Le Capricorne perçoit le monde à travers le filtre amer et frustrant des limitations, de la finitude, de la nature impermanente de la vie. Il va s’inscrire contre cette réalité en mettant en place des structures solides, durables, matérielles, de manière à faire reculer ces limites et à nourrir sa volonté de perpétuation. Liz Greene affirme que le Capricorne souhaite « donner une forme immuable et éternelle à ce qui est par nature transitoire… »

Dans la tradition alchimique, Saturne est associé à la phase coagulatio du processus initiatique : le terme manifeste clairement la transformation d’un liquide en substance solide. Les images attachées à cette phase, représentent le processus psychologique d’incarnation de choses immatérielles, d’intégration des images et mouvements de l’inconscient dans la vie réelle. Ce potentiel matérialisé sous une forme définie implique une limitation, celle de renoncer à l’éventail exhaustif des possibilités. Ainsi Saturne nous enjoint de nous séparer du monde des possibles pour construire l’identité de l’ego à l’intérieur des limites de la condition humaine.

Il semble que les conclusions actuelles sur le temps, d’ordre scientifique, psychologique ou astrologique, s’orientent de manière implicite ou non, sur un même axe : celui d’intégrer nos limites, de les accepter, de les transformer en matière créative. « Il faut apprendre à aimer l’irréversible » suggère Etienne Klein.

Une réflexion sur “LE TEMPS S’ACCELERE

  1. Voilà matière à réfléchir ! après la lecture de cet article passionnant, je vois le temps d’une façon plus positive : puisqu’il ne « passe pas », il est !

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