LA SOLITUDE

EXPLORER SON ÎLE

 

Il est une solitude de l’espace
Une solitude de la mer
Une solitude de la mort, mais elles sont société
Comparées à ce site plus profond
Cette solaire intimité
D’une âme qui se visite… Infinité finie.

Emily DICKINSON

Au-delà de notre solitude existentielle, celle inhérente à notre condition humaine, qui sous-tend notre individuation, il existe différentes formes d’expérience de la solitude, rencontrées au cours de la vie (aussi bien en tant que ressources enrichissantes qu’appauvrissantes).

L’apprentissage de la solitude s’expérimente au cours de l’enfance, en effet lorsque l’enfant intègre la capacité d’être seul – en présence d’un adulte référent ou en son absence momentanée –, il a franchi un cap de maturité affective, c’est-à-dire qu’il est capable de jouir d’un environnement extérieur ne présentant aucune stimulation ni excitation, sur un moment. Il s’agit d’une solitude sereine où « Je suis seul » équivaut à « Je suis ». Catherine Audibert, psychologue, développe ce processus de développement dans son livre, L’Incapacité d’être seul : « La solitude est une voie privilégiée de contact avec un soi qui peut parfois s’égarer au milieu des autres ; « La capacité à apprécier la solitude, les bienfaits de s’y retrouver, s’y ressourcer ou s’y détendre, permettent au sujet de créer des relations qui ne reposent pas sur le besoin mais sur le désir et l’échange. »

Pourtant quand on parle de solitude, celle qu’on évoque le plus souvent, est une forme douloureuse, subie, voire pathologique. Cette solitude n’est pas forcément définie par un vide relationnel en terme de quantité de personnes autour de soi, mais peut être aussi caractérisée par le sentiment d’absence, de séparation irréductible, d’incommunicabilité, de peur de l’autre. Et ainsi il faut faire la différence entre l’état de solitude (l’isolement) et la sensation de solitude (se sentir seul parmi les autres). Cette sensation de solitude peut conduire au sentiment de ne pouvoir exister que sous le regard de l’autre : être seul conduit à ne plus être, au sentiment de non-être.

L’angoisse de solitude s’ancre de trois manières dans la vie psychique du sujet :

1. L’impossibilité de jouir de sa solitude en présence d’un autre

2. L’impossibilité de vivre l’isolement ou l’absence

3. Le repli à caractère autistique.

L’incapacité à être seul peut générer des troubles provoquant une désorganisation psychique, et en tous les cas, entrave l’expérience de relations symétriques à l’autre et l’accès à la tranquillité d’être et d’aimer. A cette angoisse (sentiments d’abandon, de douleur, de vide, de perte de sens, du néant, de menace de mort, de vulnérabilité) qui modifie son rapport au monde, une personne peut mettre en place des mécanismes de défense, des stratégies pour poser un couvercle sur sa souffrance : tels que des relations, des conduites, de nature addictive, des comportements à risque. Cela peut nous pousser à nous engager dans toutes les relations qui se présentent, sans discernement, au point de répéter des scénarios d’échec, de subir des relations toxiques, au risque de mettre sa vie en danger.

Cependant ces stratégies addictives permettent dans l’immédiat de se préserver d’une mort psychique, d’un anéantissement total. Elles annulent l’angoisse sur l’instant et proposent un silence artificiel, un succédané de cette solitude sereine tant recherchée : « Les addictions offrent alors une solution à un tel compromis : tout se passe comme s’il fallait retrouver une solitude-sereine, sans l’autre, mais au prix de certaines stratégies psychiques paradoxales. » affirme C. Audibert.

Stratégies paradoxales où le sujet évite et recherche en même temps l’éprouvé de solitude. Le rapport avec le thérapeute est à cet égard important, car il permet de se dégager des peurs et des souffrances de l’enfance quant aux questions non intégrées de la séparation, de l’absence, de la solitude, dans une relation thérapeutique où ces émotions sont accueillies sans jugement et comprises. Intégrer son expérience passée de la solitude-détresse passe par le transfert, sur son thérapeute dans un contexte clinique, ou bien dans un contexte intime, sur son partenaire de couple, si celui-ci est en mesure d’accueillir cette élaboration en équilibrant présence et absence jusqu’à ce que la relation d’abord addictive, se transforme en relation symétrique.

Sous un angle astrologique de la question, Saturne (image de l’ermite) est la planète qui crée les conditions pour approfondir notre conscience et renforcer notre identité, or un Saturne inaspecté ou affaibli et situé dans l’une des six premières maisons du thème natal, indique une faiblesse dans les fondations de la structure de l’ego, des difficultés à établir un moi séparé, qui s’expriment par un manque d’indépendance, par la peur de l’autre. Cependant dans toutes les configurations possibles, Saturne indique l’idée de limitation qu’il faut intégrer dans notre conscience de soi, avec pour objectif l’acceptation sereine de la réalité, de notre condition humaine ; c’est en cela qu’il nous force à nous confronter à notre solitude, car ce stade franchi, l’individu peut se relier, sans crainte de se perdre, d’être anéanti. « Le processus psychique symbolisé par Saturne semble se référer à la réalisation de cette expérience intérieure de plénitude chez l’individu » déclare Liz Greene. D’autres indicateurs dans le thème natal peuvent confirmer que le sujet aura à affronter la solitude de manière plus accentuée que la normale : par exemple, une maison XII dominante car elle symbolise la maison du détachement, de l’intériorité à des  niveaux inconscients, et se manifeste souvent dans la réalité par un contexte d’isolement nécessaire à la personne pour évoluer sur son chemin, – isolement au sens littéral (un écrivain, un détenu, une hospitalisation) ou au sens symbolique (une expérience spirituelle, thérapeutique, artistique) -. Enfin, des contacts difficiles à Vénus, Lune et Mercure, peuvent renforcer cette problématique.

Ce thème est celui d’une personne qui a fait le choix radical, à la trentaine, de se retirer du monde en se cloitrant dans sa chambre, jusqu’à sa mort, soit durant une vingtaine d’années.

solitude

Saturne est en position dominante, en maison X, en Vierge : l’identité sociale du sujet est marquée par cette planète, c’est une personne exerçant ses responsabilités de manière rigoureuse, avec une importance accordée aux routines, à la stabilité et l’ordre. Les travaux de l’esprit occupent le sujet, ce sont par eux qu’il acquiert maturité et élévation ; il se sent investi d’une charge de travail exigeante et qui présente un caractère exclusif, elle prend toute la place. Le sujet a un sens profond de sa destinée et ne recule devant aucun sacrifice pour s’accomplir. L’ambition et l’exigence de tenir ses engagements vis à vis de lui-même, ne l’abandonnent pas, au contraire elles le nourrissent. On peut constater une forte sensibilité à l’opinion publique et une posture d’autorité, depuis sa chambre.

Cependant Saturne est quasi inaspecté, ce qui conduit le sujet à rechercher une solitude de plus en plus grande durant sa vie ; cela appauvrit ses contacts avec son environnement et donc ses expériences, son vécu ; A force, Saturne n’apporte plus ses qualités de contrôle et de limitation qui concourent à l’intégrité du moi.

Saturne est maître de la maison III : l’entourage proche, le voisinage, les contacts sont empreints de cette distance que le sujet met entre lui et les autres, il ne reçoit quasiment personne chez lui, néanmoins ses contacts ne sont pas restreints : en effet les planètes Jupiter, Neptune et Uranus situées en maison III, apportent de la fécondité, de la créativité et de l’inspiration dans ses échanges, principalement écrits ; de plus Neptune et Uranus, planètes transpersonnelles, le relient au monde, malgré sa réclusion.

Le sujet vit son affectivité (Lune) dans l’ombre de la maison XII, c’est-à-dire que dans le domaine affectif il agit de façon inconsciente, ses besoins émotionnels sont refoulés. On peut noter également une hypersensibilité et une empathie excessive qui le font souffrir. Il y a une notion de renoncement et d’insatisfaction dans cette configuration car aucune relation n’est à la hauteur de son idéal (Lune carré à Neptune), de son imagination. Il va chercher à sublimer ses expériences en les transformant en une matière inspirante, mystique.

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